Rebondir et découvrir un nouveau sens à ma vie
Le personnage central de votre histoire, c’est vous. Quel est votre moteur pour reprendre possession de votre vie d’aujourd’hui?
Une fois le choc traversé, une fois que la réalité vous fait moins peur et donc moins mal, moins mal et donc moins peur, vous pouvez trouver en vous de nouvelles sources d’énergie : une meilleure connaissance de vous-mêmes ; un regard plus réaliste mais aussi plus tolérant sur votre nouvelle situation ; l’acquisition de nouvelles capacités telles que demander et accepter de l’aide, expliquer ses besoins, utiliser des ressources nouvelles ; la découverte de nouveaux plaisirs, de nouveaux centres d’intérêt, de nouvelles satisfactions.
L’expérience de la réalité va faire apparaître de nouvelles possibilités et de nouvelles priorités pour vous.
La résilience, que Boris Cyrulnik compare à l’art de naviguer dans les torrents, se révèle naturelle pour certains, mais est le fruit d’un processus plus ou moins long pour d’autres. Cette notion de résilience ne s’applique d’ailleurs pas qu’à la déficience, mais aussi à toutes les difficultés de la vie, petites ou grandes, qui peuvent transformer un long fleuve tranquille en un torrent agité.
Sans être à l’abri de moments de nostalgie, ou de révolte par rapport à l’avenir, vous pouvez concentrer vos forces sur le présent, avec vos nouvelles capacités et vos nouvelles valeurs.
12 B
On me disait qu’avec de la patience, je m’habituerais à ma nouvelle condition. J’étais pourtant suffisamment informée pour savoir que la guérison était impossible. (…) Aujourd’hui, je peux en témoigner, je ne suis pas transformée et je ne me suis pas fait à la vie à laquelle je suis condamnée. Par exemple, je n’ai toujours pas accepté le fauteuil électrique, engin frustrant et diabolique. Lorsque je pense à cette prothèse, indispensable au moindre de mes mouvements, et qui tombe en panne quand cela lui chante ! (…) ai-je accepté mon handicap ? Non. Je ne pense pas pouvoir m’y résoudre un jour. Je crois même cela complètement impossible. Tous les problèmes relatifs au manque d’indépendance s’accroissent au fur et à mesure que le temps s’écoule.
(n° 209- Naître ou devenir handicapé – Le handicap en visages 1– Charles Gardou et coll. Éd. Erès – Connaissance de l’éducation, 1996, p. 127)
33 A
Dans les moments où je perds pied, je sais bien que c’est parce que je perds sens ! Et c’est tout un chemin personnel, intérieur, psychologique et spirituel que je reprends, comme si c’était la première fois. J’expérimente que je m’affronte au sens de ma vie actuelle, comme une novice, même si c’est la centième fois que je me pose la question….
36
« Je suis venue au monde avec une maladie.
Je suis atteinte d’une amyotrophie spinale progressive dont le principal corollaire est l’atrophie de tous les muscles. Cette maladie génétique rare, neuromusculaire dégénérative, vous conduit au fauteuil roulant et à la paralysie aussi sûrement que deux et deux font quatre. »
En une phrase, tout est dit, n’est-ce pas ? […]
Pourtant… Pourtant la vie est là et, comme tout à chacun, moi, Cécile, je me bats pour en faire quelque chose.
Disons-le autrement ; ce qui va suivre se veut le symbole de ma course au bonheur, course à handicap certes, mais qui vaut bien la peine d’être courue, je le crois.
Course au bonheur, disais-je…
Car je pars du principe que tout est plaisir. Boire mon thé le matin, voir un oiseau qui vole… Il n’en faut pas davantage pour me trouver en harmonie avec moi-même, sentir mon appartenance à la communauté universelle, dont je voudrais tant connaître chacun des membres. Savez-vous ce qui me fera le plus regretter la vie, le jour où celle-ci s’arrêtera ? Ne plus savoir ce qui arrive à mes contemporains !
C’est assez dire que j’aime la vie, n’est-ce pas ?
AICARDI-DOR Cécile, Comme sur des roulettes… : Les handicapés ne sont plus ce qu’ils étaient : Autobiographie écrite avec l’aide de Marc Reinhart, Les éditions du Sekoya, Besaçon, 2002, (Graine d’auteur), 188 p.
55
Delphine Siegrist orthophoniste (…)Toutes les expériences, si anodines soient-elles, contribuent à forger l’être. L‘enfant que j’étais, vivait dans l’insouciance, l’adolescente apprenait le poids de la différence, l’adulte en comprend la gravité mais est mieux armée pour y faire face. La conscience, ou plutôt l’embarras d’être ‘handicapée’, a émergé au fil des âges parce que le rapport à autrui devenait plus important.
Polio – Dire son handicap (n° 206- Naître ou devenir handicapé – Le handicap en visages 1– Charles Gardou et coll. Éd. Erès – Connaissance de l’éducation, 1996, p. 84)
68
J’ai donc un nouveau champ à cultiver pour tenter de trouver l’équilibre entre une espérance irréaliste, toujours décevante, et une absence d’espoir toujours déprimante. Entre ces deux positions, il y a celle où l’on consent, non pas dans une passivité absolument négative, mais avec une passivité active face au réel. Je cherche quotidiennement comment tenir cette position en équilibre. Pas de référence
73
Alexandre Jollien (IMC & Philosophe) : A trop vouloir fuir la méchanceté, la cruauté de certaines rencontres, je me coupe de l’affection, d’un réconfort. En me protégeant à l’excès des regards qui condamnent et humilient, je finis par fermer aussi les yeux qui aiment.
(0265 – « Le métier d’homme » – Alexandre Jollien, IMC & Philosophe (seuil))
105 A
Personne handicapée je suis fatigué d’avoir à défendre chaque jour mon intégration au sein d’un environnement hostile comme je suis de plus en plus las d’affirmer mon identité. Je sais que la déficience peut être source de vie mais le costume du paralytique reste lourd à porter et la déficience est toujours génératrice d’exclusions multiples.
Etre reconnu comme personne par mes semblables…en situation de handicap…m’a redonné confiance en moi
108 A
Ce n’est que progressivement que je me construirai comme Sujet Handicapé. Sujet, parce qu’existant en tant qu’être conscient, doué de volonté, de capacités, de désirs ; handicapé parce qu’ayant besoin d’aide pour réaliser mes projets.
110 D
En dépit de tout, une chose merveilleuse m’est arrivée. J’ai rencontré, 6 ans après mon accident un homme exceptionnel…. Dans l’état où j’étais, aimer un homme. J’en étais gênée ; malgré tout j’eus l’impression qu’il devinait mes sentiments et qu’il n’avait pas envie de rejeter l’amour qui me tourmentait. Je ne comprenais plus mon corps, appauvri et laid, mutilé en l’espace d’une seconde par un accident de voiture…. Mais ce corps détesté renfermait tout à coup un cœur débordant d’amour. Comment pouvais-je imaginer qu’on puisse vraiment l’aimer, puisque j’étais absolument incapable de l’accepter ? Et bien Alexandre, merveilleux d’attention et de tendresse m’a donné tout son amour. Petit à petit il m’a apprivoisée.
127
Dans un centre de rééducation, ceux qui se remettent à marcher sont très rares. Durant cette année-là, j’ai été le deuxième. Or quand tu commences à avoir l’espoir qui revient, qu’on te donne des béquilles en te disant : ‘Demain, on fait un essai’, c’est compliqué. Dans ta chambre, tu côtoies quelqu’un qui est condamné à rester toute sa vie en fauteuil et qui, en plus, a des escarres plein le dos… Alors c’est vrai, tu te sens presque coupable d’avoir le droit d’espérer te relever
« Grand Corps Malade », accidenté, Déclic n°157 p8 janvier-février 2014



- Livret Frère ou Soeur :