Mon évolution

Vous êtes dans la découverte de votre déficience ou de certains nouveaux aspects de votre situation.

Vous vous sentez pareil à vous-même mais vos conditions de vie changent. Inévitablement, votre regard sur vous-même et votre identité vont évoluer.

Vous allez probablement vous découvrir de nouvelles priorités, de nouvelles valeurs et de nouvelles compétences. Et vous pouvez aussi passer par des moments de révolte ou de découragement.

Votre entourage tente peut-être, avec bienveillance, de vous encourager en vous promettant un avenir bien plus heureux que ce que vous pouvez imaginer.
Ou au contraire, le pessimisme ou les craintes de vos proches risquent d’assombrir votre horizon.

Vous avez tout un chemin à parcourir pour vous libérer des projets que l’on fait pour vous et pour penser vous-même votre propre vie. Il faut parfois faire preuve de beaucoup de vigilance pour rester acteur de son parcours… ou pour un jour le (re)devenir.

Vos relations avec les autres peuvent aussi se modifier. Non seulement en raison des aides dont vous avez besoin, mais aussi parce que le regard des autres sur vous peut changer. Des amis vont sans doute s’éloigner, et d’autres, se rapprocher. Vous nouerez peut-être aussi des relations privilégiées avec des personnes qui vivent une situation similaire. Ou bien vous fuirez ce type de relations. A vous de faire vos expériences…

L’incertitude et la peur par rapport à l’avenir peuvent vous empêcher de profiter pleinement des satisfactions que la vie peut vous apporter aujourd’hui. Or il s’agit là d’une précieuse source d’énergie pour déployer votre créativité et pour trouver vos marques, au fil du temps.

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Sarah Salmona, myopathie « Pendant longtemps, je me suis forcée à ne pas me poser de questions. Pendant toute mon adolescence, j’ai été très entourée par mes amis et ma famille mais je refusais de me projeter. De plus, quand on est handicapé, on a tendance à confondre la dépendance physique et morale. On est infantilisé: on ne parvient pas à se détacher de notre famille pour faire nos propres choix. Du coup, j’ai vécu mon adolescence en retard. Quand j’étais en prépa, j’ai traversé une période très difficile. Toutes les questions auxquelles je refusais de répondre me sont revenues comme un boomerang. J’ai commencé à me demander comment je voulais vivre ma vie, me demander si j’allais trouver l’amour, quelle vie de femme j’allais construire. C’était très angoissant. Aujourd’hui, je commence à réaliser que je peux être libre et faire des choix même si j’ai encore des moments de doute. »
(n°232 http://www.lexpress.fr/actualite/societe/j-ai-pris-conscience-de-ma-myopathie-une-fois-confrontee-aux-autres)

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Blanche…déficience auditive « Le médecin (gynécologue) parlait surtout avec elle. Ma mère m’expliquait après mais elle ne me rapportait que trois mots alors qu’ils avaient parlé longtemps. Je me suis ensuite rendu compte que je pouvais me débrouiller toute seule. Ça n’a pas été facile pour le médecin ni pour moi. Il se demandait si je comprenais ce qu’il me disait
(n° 215- Oser être femme, p. 80)

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« […] Elle m’a donc montré les photos. J’ai eu un choc ! Je ne me reconnaissais pas. En effet, je découvrais une femme avec des hanches, des courbes, des seins… C’était merveilleux ! J’avais bien du mal à me persuader que c’était bien moi cette femme lascive et suggestive étalée sur ces images. En me voyant ainsi, j’ai réussi à me dire que j’étais, à ma manière, une femme à part entière.
[…] Les séances et la volonté que j’y mettais ont représenté un puissant moteur pour moi et pour ma vie. Lentement, j’élaborais une autre idée de moi-même, je comprenais qui j’étais, ce que je voulais, ce dont j’avais besoin, ce dont j’avais envie, ce à quoi je voulais ressembler, ce que je désirais transmettre.
Surtout émerveillée et ravie, je découvrais ce que je pouvais faire avec mon corps et repoussais mes limites physiques. […]
CENSIER Delphine, Elle, Moi, une Autre, Editions Favre, Paris, 2005, 183 p.

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Agnès Vilan – IMC ? « (Mais) lorsque ma mère ou une amie m’aide à ma toilette, je le vis toujours comme un échange où la dépendance n’est pas stigmatisée. D’ailleurs, à côté de notre civilisation où l’on considère que faire sa toilette est un acte exclusivement intime donc solitaire, d’autres sociétés nous proposent de ces moments-là une vision plus communautaire et partageuse. Au Maroc, par exemple, lorsqu’une petite fille se rend pour la première fois au hammam, les femmes offrent des cadeaux pour fêter son entrée dans la communauté féminine. A l’inverse, au sein d’une culture où le corps est considéré comme un domaine privé, « l’intrusion » occasionnée par la dépendance physique engendrera plus sûrement un décalage et une mise hors norme. Pour en revenir à mon expérience, je dirai que ces moments-là sont souvent l’occasion d’échanges intimes et légers dont toute amertume est congédiée. Ils ouvrent sur une naturalisation du corps : ce dernier n’est plus perçu à travers le prisme de ses absences, il se laisse bercer par un babillage anodin et gai sur le parfum que je porte ou les boucles d’oreilles que je vais choisir, autant de menus propos au creux desquels ma féminité vient se nicher
(n° 201- Mon corps et moi : quels accomodements à l’inattendu ? in Contraste – L’enfant handicapé et son corps revue de l’ANECAMSP 2ème semestre 2004 – n°21 p. 19)

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Le sport constitue un antidote à cet isolement. Source d’émotions et de passions, la pratique sportive met d’abord les personnes en situation d’inconfort et donc dans l’obligation de repousser leurs limites, de trouver des solutions, de se dépasser. (…)A tous les niveaux, dans toutes les circonstances, pratiquer un sport quand on est handicapé, c’est avant tout retrouver sa légitimité, sa confiance en soi, se fixer de nouveaux challenges et se donner de nouvelles envies.
Enfin le sport a valeur de partage et quelle que soit la discipline choisie, les lauriers sont toujours collectifs.. C’est un jour, en montant sur les marches des Jeux paralympiques de Pékin, que j’ai sent la page de mon « enfance avec un handicap » se tourner. Et celle de ma vie d’adulte s’ouvrir toute blanche devant moi.