Demander de l’aide

Lorsque l’on ne peut pas se débrouiller seul, il faut bien se résoudre à demander de l’aide… et ce n’est pas anodin !

Chaque situation est particulière. Vous pouvez vous retrouver dépendant pour tous les actes de la vie quotidienne, ou seulement pour quelques-uns.

Certaines aides dont vous avez besoin concernent peut-être des parties intimes, voire très intimes de votre corps ou de votre vie. La portée des aides demandées peut aller du petit coup de main pour une activité jusqu’à des actes dont dépendent entièrement votre confort ou votre santé.

L’aide, c’est une relation. Il y a la personne qui demande et la personne à qui la demande est adressée. Demander de l’aide, c’est d’une certaine manière se montrer vulnérable. Certaines personnes parviennent à vivre l’aide comme un échange : « tu me fais du bien, et ça te fait du bien de me faire du bien ». Mais pour beaucoup d’autres, c’est loin d’être le cas, et il peut être parfois très pénible, très culpabilisant de se sentir une charge pour les autres.

Demander, c’est aussi prendre des risques. Le risque d’être mal compris (« il se plaint à nouveau »). Le risque d’être confronté à un refus. Et encore le risque de constater que l’autre accepte, mais … un peu à reculons. Il peut être extrêmement difficile de passer de « j’ai besoin d’aide parce qu’il le faut bien » à «on m’aide parce que je le vaux bien » ! C’est-à-dire de changer son regard sur sa situation, et, en quelque sorte de se permettre… de vivre !

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Alexandre Jollien (IMC & Philosophe) : Aujourd’hui, il est de bon ton de prôner l’autonomie à tout prix. Cette démarche rompt radicalement avec une éducation qui assistait les individus. On s’efforce de nos jours à rendre indépendante la personne. De ce principe apparemment frappé au coin du bon sens, d’aucuns déduisent, sans nuance, que toute demande d’aide, que tout aveu d’impuissance ébranlent et asservissent.
(0266 – « Le métier d’homme » – Alexandre Jollien, IMC & Philosophe (seuil))

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Paul Melki, « détraqué moteur : « Je deviens un être fusant vers l’âge adulte, avec une dépendance accrue à ma famille. Comment accepter qu’on prenne soin de mon corps, comme un petit, alors que les stigmates de l’adolescence me chavirent. Je cherche à éviter ces moments de dépendance en laissant ma pensée errer. Je me surprends à imaginer que je suis une âme sans corps.
(n°235 « Journal de bord d’un détraqué moteur », Paul Melki, Livre de Poche , 2004, p. 61)

99 C
J’ai eu souvent ce sentiment que l’évocation de ce que je vivais était reçue comme une plainte. Et c’est une réelle souffrance pour moi : une valeur ajoutée à la parole, qui, progressivement m’interroge sur la limite de pouvoir prendre le risque de partager, en vérité, des événements difficiles et récurrents. Le souci de pouvoir ne pas être trop lourde pour les autres est devenu constant. L’exigence de ne pas « en rajouter » est devenue fondamentale.
MAURY Catherine, Et je t’offrirai les fleurs de mon silence, Itinéraires, St Orens de

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P100 : Au cours de mon adolescence et jusqu’à un âge avancé, le recours à l’aide d’autrui me rendait agressif. Je projetais sur autrui l’intolérance que je portais non à moi-même, mais à mon infirmité(…)

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« La chaise roulante s’avère très pratique pour les pousseurs valides qui aiment se promener avec moi à leur rythme. Mais peuvent-ils imaginer ce que je ressens ? Non, moi seule le peux. Je n’aime pas me laisser conduire… Je me sens comme enfermée dans une poussette d’enfant. La poussette est souvent utilisée comme un Caddie de grand magasin. « On » la pousse pour ouvrir le chemin. « On » vous pousse. « On » l’oublie n’importe où. « On » vous oublie. « On » la parque devant un mur. « On » vous parque devant un mur. J’ai très peur de la dangerosité provoquée par l’utilisation de la chaise roulante, ajoutée à ma propre vulnérabilité
Vingt secondes et tout bascule, Marie-Paule Fayt-Davin, éd Méhari, p17